31/10/2015

Navré, chère Evelin Widmer-Schlumpf

Navré, chère Evelin Widmer-Shlumpf, honnête, bucheuse, courageuse, vous l'êtes, mais alors naïve sans écoute, juridique sans imagination, gentillette avec les Grands mais sans personnalité, et (paraît-il) autiste avec vos subordonnés, vos collègues, vos conseillers, le Peuple, bref la forte-en-thème, la bonne juriste étroite au savoir littéral, asphyxiant, émasculant. Forte-en-thème cela va bien pour jouer les Premières de classe par les temps calmes du tout-par-cœur, mais pas quand il s'agit de se remettre en question, de faire preuve d'originalité, de créativité, d'imagination, de savoir-être davantage que de savoir-faire, particulièrement en temps de crise, une crise qui dure depuis 2008. Pour vous et (hélas) pour nous tous, la crise a instauré un nouveau rapport de force avec les Etats-Unis, l'OCDE, l'Union européenne, la France, l'Italie, l'Allemagne. Un rapport de force n'est pas un rapport de droit, chère Evelin Widmer-Shlumpf, et la coopération en vogue depuis les années 1950, dans laquelle vous avez persisté votre carrière de conseillère fédérale durant, est morte, et bien morte ! Sur son tombeau fleurissent vos plus belles couronnes : FATCA (Foreign Account Compliance Act), GAFI (General Authority for Investment and Free Zones), MROS (Money Laundering Reporting Office Switzerland), c'est du ronflant, c'est de l'international, excusez du peu, et à chaque fois, vous ne l'avez pas vu ou si vous l'avez vu c'est encore plus grave, c'est le droit étranger, le droit américain en tout premier lieu qui s'impose en Suisse sans la moindre réciprocité ou même contrepartie. Ainsi depuis janvier 2015 nous devons prouver, dans nos relations bancaires ou professionnelles, même si nous sommes Suisses et 100 % Suisses, honnêtes, déclarés, hors blanchiment, etc. etc. que nous ne sommes Américains ni d'Eve ni d'Adam, n'avons pas de lien, pas de rapport, pas de souvenir avec quoi que ce soit marqué US made, faute de quoi nous devons prouver selon les concepts juridiques américains (qui n'ont rien à voir avec les nôtres, même traduits en Romanche) que nous sommes innocents, et voilà le fardeau de la preuve qui est retourné, ce n'est pas aux Américains de prouver qu'on est coupables, c'est à nous de…mais bref vous commencez à comprendre que vous avez cédé au plus facile, au plus mortel pour nous les Suisses : vous mettre d'accord avec nos adversaires, quand ils crient d'autant plus fort qu'ils ont tort sur le fond parce que seules nos richesses, notre prospérité et non pas la Justice, motivent leur combat. Oui, vous comprenez maintenant qu'être forte-en-thème ne suffit pas à la vision politique, la preuve : vous vous retirez. Nos enfants, que vous avez institutionnellement appauvris, ne retiendront que cette indulgence en votre faveur : les deux Grandes banques sont à l'origine de la crise institutionnelle que s'offre une Suisse encore prospère, ces deux Grandes banques qui vous ont menti par omission, trahie, depuis ce fameux jour des subprime en 2008 quand, implorant pendant un week-end votre secours et celui de la BNS,  elles vous ont caché leur seul vrai problème, leurs crimes fiscaux industriels systématiques.  Voilà ce que c'est d'être une forte-en-thème, une bonne juriste, quand on a besoin d'une forte en version, conversion, et surtout d'une écoute large, humble et généreuse.

 

15/10/2015

François et Angela, même combat

 


Angela Merkel et pape François, même combat ! Qui l'eût cru ? Un pape faussement révolutionnaire qui dérange comme un révolutionnaire, puisqu'il entend revenir à la pastorale, faire l'impasse sur la doctrine (en attendant) et qui ne présente de risque que pour les dogmatiques, les docteurs de la Loi et autres sépulcres blanchis. Une chancelière faussement évangéliste qui contrarie comme une moralisatrice, puisqu'elle persiste à revenir nos valeurs judéo-chrétiennes (qu'on soit croyant ou non) en faisant l'impasse sur l'électorat (en attendant) et qui ne présente de danger que pour les ambitieux égoïstes comme par exemple … et…et encore…mais nous les connaissons tous, n'est-ce pas ?


Le pape : "Voici je me tiens à ta porte et je frappe !"(Acte des Apôtres 3.30 dans le message du 17 janvier 2015). La chancelière : "Pour moi, cela fait partie de l'humanité fondamentale de notre pays que d'accueillir un réfugié avec sympathie, comme n'importe quel autre être humain"(Déclaration à Bild, octobre 2015). Et nous, vous serez d'accord n'est-ce pas ? de conclure à notre tour : au moment où l'Europe en crise ne veut ni reconnaître qu'elle est état de crise pour longtemps, ni se remettre en question malgré la persistance notamment du chômage (en premier lieu) des jeunes, courant après les leurres financiers, voici que la fille du pasteur luthérien et le fils de l'Amérique du Sud  se rejoignent pour apprendre à l'Europe, à la Suisse, ce qu'est une vision prophétique : la confiance et la foi déclarées dans ses propres valeurs, alors même que la communauté les répudie et vous rejettent. Deux prophètes qui comme tous les prophètes, prêchent dans le désert, ne sont ni effrayés ni ne s'arrêtent, et peuvent, comme les prophètes, au final (c'est historique) changer le monde. Quitte à disparaître en tant que personnes. Bien sûr ils le savent. Et vous - je veux dire : nous ?   


 


 

28/06/2015

Grexit, paradoxe ou comble du comble ?

 

Comble ou paradoxe ? Enfin le peuple grec se prononce sur son destin et la manière de le gérer, et voilà que les démocraties européennes paraissent surprises, irritées, comme si ce droit n'existait pas ! Voici les technocrates de l'UE, de la BCE, du FMI, tous détenteurs de la Vérité,  désemparés parce que pris à leurs propres contradictions. Pire, à leur cynisme : qu'est-ce que, disent-ils depuis 2010, l'importance de la Grèce et de son PIB au sein de la zone euro ? Peanuts : 2.3 %. Qu'elle sorte (Grexit) ! Et les créanciers à l'origine de ces prêts inconsidérés avant 2008 (les banques françaises avant tout, comme Paribas, Crédit Agricole, etc.) ne jouent-ils pas sur le velours maintenant que leurs créances sur la Grèce ont été reprises par les Etats et la BCE (merci aux contribuables européens) ? Et puis faire accepter des mesures dont l'exécution est impossible : augmenter la TVA au-delà des seuils de tolérance économique, taxer en extraordinaire la petite fortune privée, le chiffre d'affaires de la moyenne entreprise, diminuer encore une fois les rentes (déjà diminuées de 50 %), le tout en pleine récession économique ? Comble et non pas paradoxe ! Voilà la vérité : faire dire non aux Grecs, c'est vouloir faire porter la faute entièrement par eux, y compris la décision de la sortie de la zone euro (pas de l'UE). Mais qu'on ne s'y trompe pas : jouer aux étonnés devant le principe d'une décision du peuple, c'est faire la preuve de la maladie du système européen d'aujourd'hui qui, comble du comble (et non pas innocent paradoxe) se contredit dans ce qui fait ses valeurs fondamentales : la démocratie, le libre-arbitre, la responsabilité. La Grèce est le Cheval de Troie de la faiblesse européenne, de l'Europe dérivante, celle qui est colonisée par la culture financière. Regardez les tapes d'amitié d'un François Hollande dans le dos d'un Alexis Tsipras, analysez le propos méprisant d'un Pierre Moscovici, c'est comprendre que la Grèce, les Grecs cherchent à regagner leur dignité. Certes ils ont triché, mais aujourd'hui, à la fin des fins, qui sont les tricheurs ? Comme le dit la Fable :

 

Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

 

Déjà à l'époque, le fabuliste était français (La Fontaine) et le créateur grec (Esope). C'est le comble.